Le blog d\'IronJeff

Aventures Nord-Côtières: TOULNUSTOUC 105

Après Lake Placid, je suis devenu assez relax côté entraînement. Il ne fallait toutefois pas trop lâcher prise car je participais à la Randonnée Vélo Santé (dont je vais parler plus tard). La randonnée est séparée en 6 pelotons classés par vitesse moyenne et j'avais l'intention d'être dans le peloton rapide. Cependant Mathieu m'avait mis en garde: ce peloton est vraiment rapide et c'est un cercle assez fermé.

C'est le genre de défi que j'aime.

Il fallait donc que je puisse calibrer ma force par rapport aux cyclistes de Baie-Comeau. Je tiens à préciser ici que le cycliste moyen, à Baie-Comeau, est très rapide. En effet, le relief est accidenté et les routes sont magnifiques (Véloroute des Baleines), ce qui en fait un environnement propice au développement d'une bonne élite sportive.

Bref, sachant que quelques représentants du fameux Peloton Six faisaient la course, je m'étais inscrit à la Cyclosportive de la Toulnustouc, 105km de torture entre la centrale Toulnustouc et la jonction de la 138. La course avait lieu le 20 août soit une semaine avant la Randonnée.

J'étais parti la veille avec Caro et les enfants et on a dormi à l'appart' de compagnie à Hauterive. Le samedi, Caro vient me mener au site du départ. Bien entendu, j'ai choisi comme monture mon vélo de tri, le E114 encore tout équipé pour faire un Ironman, suscitant des regards dubitatifs de la part des autres cyclistes. Je ne connais personne, sauf Jérôme. Je passe donc pour un Étrange, avec son étrange vélo et son casque pointu.

L'organisation est très bien faite: Les cyclistes sont transportés par autobus jusqu'à la centrale Toulnustouc tandis que les vélos sont transportés par camion. La route fait 105 km et c'est un cul de sac arrivé à la centrale. Zéro trafic.

Le trajet en autobus permet d'apprécier la difficulté du parcours: l'autobus doit monter la plupart des côtes en première vitesse. Le paysage est magnifique et l'asphalte est lisse. Presqu'aucune ligne droite et fort peu de plats.

On débarque à la centrale, qui est partiellement ouverte pour qu'on puisse faire un pit stop avant de partir. Tout le monde se prépare puis on se rend à la ligne de départ.

Évidemment, je dois faire un peu le fanfaron et tester la Clause Arrogance. J'affirme donc à la ronde que ça ne sert à rien d'essayer, et que j'ai déjà appelé ma mère pour lui dire que j'ai gagné. Ça jette un froid - pas tant que ça quand même parce que mon ton était résolument humoristique. Disons qu'un ou deux ont été piqués au vif.

Le départ est lancé. Le rythme est très lent au début, c'est le mode réchauffement. C'est la première course de vélo à laquelle je participe (habituellement je fais toujours ça entre de la nage et de la course à pied), alors j'ai décidé d'adopter ma stratégie habituelle: Puissance Constante. Il s'agit de fournir un effort constant, que ce soit sur le plat, en montée ou en descente.

Stratégie à puissance constante:

En triathlon, surtout sur de la longue distance, il est important de ne pas atteindre la "zone rouge". Si on travaille en aérobique pendant plusieurs heures, chaque seconde passée en anaérobie peut coûter des minutes plus tard, surtout sur distance demi-ironman et plus. C'est pourquoi je me suis habitué à fournir un effort constant en compétition. Par ailleurs, puisque le drafting est interdit c'est chacun pour soi et il n'y a aucun moyen de se reposer, contrairement aux courses cyclistes où on peut se reposer en restant à la queue du peloton et ainsi conserver une vitesse moyenne supérieure à la vitesse réalisée sur le même parcours en solo.

À la fin de l'interminable période de réchauffement, où tout le monde roule dans un peloton plus ou moins organisé et où il aurait été gênant de filer comme une balle devant tout le monde, les premiers accélèrent enfin. J'augmente alors la cadence pour atteindre ma puissance de croisière. Arrive la première descente. Tout le monde est en roue libre, tandis que j'applique la même puissance et je me retrouve devant le peloton.

Survient alors la première montée. Toujours à puissance constante, je ralentis forcément. Je me fais soudain dépasser par deux douzaines de cyclistes. Je commence à stresser un peu. Je les rattrape toutefois facilement lors de la descente suivante. Descentes qui sont très rapides soit dit en passant: J'ai frisé les 80 km/h à quelques reprises et ce, en faisant attention de ne pas aller trop vite. En effet, les virages étaient assez prononcés et mon vélo de tri n'est pas le meilleur véhicule pour prendre une courbe à toute vitesse. J'ai d'ailleurs entendu crier "Attention à gauche!" pour ensuite voir Jérôme me dépasser à toute allure (85 km/h qu'il m'a dit à la fin de la course). Juste de penser aux vitesses atteintes j'en ai encore les mains moites.

Après quelques kilomètres, les montées commencent à être vraiment abruptes et je finis par comprendre la stratégie des autres concurrents: Profiter de l'effet peloton sur le plat pour réduire l'effort à fournir, ralentir un peu avant les montées pour constituer une réserve d'énergie, puis grimper à 100% d'effort pour ensuite se reposer un peu en haut en roulant lentement le temps que le peloton se reforme.

Mon problème, c'est que lorsque j'ai compris ça, j'étais rendu loin derrière le peloton de tête. J'ai alors décidé d'essayer leur stratégie. Cependant il me fallait rattraper le peloton parce que si je restais avec un peloton plus lent, je perdais tout espoir d'atteindre une position respectable.

J'ai donc entrepris une dure remontée. Le problème étant que puisque j'étais en solo, je ne profitais d'aucun moment de répit et je devais donc continuer à puissance constante, mais cette fois à très haute puissance, en espérant pouvoir me reposer une fois le peloton rattrapé.

Ça m'a pris plus de 20 minutes à les rattraper. 20 minutes pendant lesquelles ma fréquence cardiaque était à 180 en moyenne (genre, 188 en montée, 180 sur le plat et peut-être 170 en descente). Toujours est-il que j'ai fini par rattraper le peloton, que je perds ensuite de vue à quelques reprises pour en fin le rejoindre pour de bon.

Cette fois, j'ai observé la stratégie et je me suis organisé pour la reproduire. Après un certain temps j'avais bien assimilé la technique. Il reste toutefois que je ne suis pas un grimpeur alors je devais travailler très fort en montée pour ne pas perdre le groupe. De quinze cyclistes que nous étions au début, nous n'étions plus que 5 à l'arrivée. La température très chaude et le vent de face tout le long du parcours n'ont pas aidé. De mon côté, le fait d'avoir forcé autant en début de parcours m'a causé des crampes dans les deux jambes au bout de 2 heures. La dernière heure a été un vrai calvaire. Le parcours était généralement descendant pendant la deuxième moitié mais il restait de bonnes ascensions à faire. Je n'avais jamais souffert de crampes et cette fois c'était les deux jambes en même temps! Presqu'impossible de pédaler par moments.

J'ai même pensé abandonner, pour la première fois de ma vie cette idée a tourné dans ma tête pendant quelques minutes. Cependant, comme on sait, la souffrance est temporaire mais la honte est éternelle. De quoi j'aurais eu l'air? Je serais arrivé à la Randonnée Vélo-Santé avec la réputation du gars qui a fait un Ironman mais qui n'a pas survécu aux côtes de la Côte Nord. Imaginez. Poussé par l'orgueil, j'ai donc redoublé d'efforts.

Après un court arrêt ravitaillement, on est tous repartis (du moins les 10-12 qui restaient car les autres étaient loin derrière). C'est là que j'ai tenté une échappée avec un autre. On avait convenu de se sauver du peloton. Le problème est que c'est moi qui était devant 75% du temps alors j'ai fatigué rapidement avec ce vent de face et on a fini par être rattrapés. J'ai donc décidé de rester dans le rang cette fois. L'autre gars a finalement décroché du peloton.

Le population du peloton diminuait régulièrement. À toutes les 5 minutes environ un cycliste décrochait. C'est là que j'ai pu apprécier la qualité de mon endurance physique parce que si ce n'avait été du sprint que j'avais eu à faire au début, j'aurais peut-être pu finir quelques minutes devant le peloton parce qu'avec de l'énergie en réserve, j'aurais pu partir en échappée après les dernières montées. C'est à tester l'an prochain.

//youtu.be/jZbzif0bQrg

On a fini ça sur un super sprint. J'ai quand même un placement acceptable, 5e position relativement ex-aequo avec les 4 autres gars de mon peloton (la seconde ou deux d'écart entre les membres d'un peloton n'est pas comptabilisé et tout le monde se fait attribuer le même temps). Dans mon peloton, Jimmy et Bruno faisaient la randonnée Vélo Santé dans le Peloton Six, de même que Martin et François qui étaient arrivés 10 minutes avant nous. Je savais maintenant que je n'avais aucun problème pour faire le peloton le plus rapide lors de la Randonnée Vélo Santé du week-end suivant.

Temps final: 3h13'03 pour une vitesse moyenne de 32.3 km/h.

LEÇONS APPRISES:

La stratégie triathlon, c'est bon pour le triathlon seulement.

Drafter, c'est le fun.

Faut que je pratiques mes côtes.

La gang de cyclistes à Baie-Comeau: Fort calibre et très sympathiques!



12/11/2011
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